La pandémie de l’inceste exige de renverser les tables de la justice

De victimes pour leur vie entière, les enfants violés par le père et leurs mères protectrices sont dépouillés de ce statut en France pour endosser celui de coupables ou de menteurs, dans leur immense majorité.
Cet effroyable constat ressort de l’enquête menée de janvier à septembre 2021 par l’association « Traumatisme inconscient et victimologie » auprès de 111 mères en lutte pour la défense de leur enfant contre l’inceste paternel.
Dans une stupéfiante inversion des rôles, aujourd’hui encore en plein lancement des Etats généraux de la justice par le président Macron, une mère qui ose dénoncer un inceste paternel risque le pire.
Non seulement ses dénonciations peuvent être ignorées par les médecins, enseignants, politiques, policiers, ou gendarmes, mais dans bien des cas c’est le père prédateur qui porte plainte pour fausse allégation ou diffamation, et obtient la garde de l’enfant, la propre victime de son crime (le viol est un crime).
Sur les 111 cas d’enfants incestés par le père, l’investigation de l’association a dénombré 100% de classements sans suite dans les enquêtes préliminaires.
La durée des procédures judiciaires aggrave la souffrance des victimes et de leurs mères:
-de 10 à 15 ans de procédures: 9 cas
-de 7 à 9 années: 15 cas
-de 4 à 6 ans: 54 cas
-de 1 à 3 ans: 33 cas
Depuis 2002, la loi exige l’enregistrement audiovisuel par la police du mineur victime, lors du dépôt de plainte, pour éviter la répétition traumatisante des auditions comme ce fut le cas dans le scandale d’Outreau. Il s’agit de la procédure dite « Mélanie ». Or ce dispositif n’a pas été appliqué chez 48 des 111 enfants victimes (43,2%).
La mère d’un petit violé par son père devient la coupable dans la majorité des décisions prises par les juges, comme en témoigne l’octroi du droit de garde dans ces conflits judiciaires. Ce droit a été accordé au père incestueux dans 60% des cas pour les enfants de 2 à 3 ans, 88% pour les 4 à 5 ans, 50% pour les 6 à 9 ans, et 75% pour les 10 à 17 ans.
Les conséquences de ces épreuves judiciaires pour la santé des mères protectrices sont accablantes: 100% d’entre elles ont développé une ou plusieurs maladies au-delà de trois ans de procédures, dont 64% un cancer.
Un tel bilan factuel souligne la nécessité, non pas d’un dépoussiérage d’une justice inepte, mais d’une révolution dans l’approche de la pandémie de l’inceste. Dans tous les secteurs sociétaux, l’inceste est au mieux pris à la légère quand il n’est pas favorisé par une complicité active ou passive (par omission).

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